Clytemnestre Sujet type I

Sujet de type I (ou sujet dit d'invention)

 

Vous mettez en scène Agamemnon d'Eschyle et vous réfléchissez encore au parti-pris qui sera le votre s'agissant du personnage de la reine Clytemnestre. Pour vous aider, un assistant vous remet quatre document iconographiques. Aucun n'est une solution toute faite au problème qui se pose à vous.

Analysez chacun des documents en dégageant une (ou des) piste(s) pour des Clytemnestre possible sans oublier de confronter ces pistes à la pièce pour en vérifier la valeur.

Choisissez le document et surtout la piste qui l'accompagne et présentez, à partir de lui, votre proposition scénique pour le personnage de Clytemnestre.

 

Doc 1 : statuette de terre africaine. Représentation d'une reine ou plus sûrement d'une divinité (terre-mère)

 

Doc 2 : Elisabeth Taylor (photogramme du film Une chatte sur un toit brûlant)

 

Doc 3 : Salomé du peintre allemand Lovis Corinth

 

Doc 4 : La femme en noir. Tableau d'Emile Renouf

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documents 1 et 2
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Albert de Valenciennes

Merveille des merveilles : le corrigé qui va avec !!!

 

Terminales

Pistes de correction, Bac Blanc, Sujet de type 1 (sujet d’invention). Le personnage de Clytemnestre.

 

Intro : rappeler brièvement la fable en mettant en valeur l’importance du personnage sur lequel ns avons à réfléchir : Clytemnestre. Reine, elle devient meurtrière à la fin de la pièce. Elle est femme d’Agamemnon, roi victorieux de la Guerre de Troie, mère d’Iphigénie, sacrifiée et mère d’Oreste qui la tuera, qui sera jugé par l’Aréopage en fin de trilogie, Les choéphores.

D’où le rôle crucial de ce personnage, enjeu dramaturgique fort, personnage complexe, femme, mère, épouse, amante, reine.

Tous ces aspects ( le maternel, le féminin, le conjugal, le sensuel, le phallique(femme de pouvoir)) sont évidemment à resituer, à souligner, à mettre en perspective puisque le sujet nous y invite. Femme blessée, abandonnée, trompée, femme en deuil, femme de pouvoir, femme perfide, vengeresse, amante, docile, dominatrice, sensuelle… autant de caractérisations multiples parmi lesquelles il est nécessaire de choisir afin de présenter aux spectateurs et aux comédiens une option de jeu, un parti-pris sur lequel la mise en scène va s’appuyer pour rendre lisible la fable antique d’Eschyle. Personnage complexe qui nous invite à une réflexion dramaturgique stimulante. Beau personnage de tragédie. Belle figure d’un hybris déchaîné !Beau monstre de scène ou figure de la femme trahie, en deuil de sa fille, ? Comment intéresser le spectateur d’aujourd’hui à cette femme qui tue son mari et sa captive et se fera elle-même assassiner par son fils ?

Série en chaînes de meurtres perpétrés dans cette famille maudite des Atrides, effets de la barbarie à visage humain que la création d’un tribunal par Athéna interrompra à la fin de l’Orestie d’Eschyle.

Avant toute analyse de documents il est indispensable qu’une réflexion sur l’importance du personnage de C. Dans Agamemnon apparaisse en amont (dans votre tête) et sur la copie.

Le blabla est très malvenu à l’écrit du Bac ( considérations sans intérêt sur la beauté des pièces d’Eschyle, les éloge du théâtre grec, les rappels du festin de Thyeste qui ne sont intéressants que si ils sont mis en perspective !Relisez l’introduction de D. Loayza dans votre édition, elle nourrira votre réflexion, qui, à ce moment achevé de l’étude de la pièce semble bien maigre. Les analyses, de façon générale, restent superficielles, parce que vous répétez de platitudes sur le personnage.

Quant à l’analyse des documents, à laquelle nous arrivons, elle est maladroite, paraphrastique, vous racontez ce que vous voyez. Vous essayez de retrouver sur les documents iconographiques des personnages, des scènes, des moments (ex absurde : les chiens sur les accoudoirs des fauteuils de la statuette seraient Egisthe et Agamemnon !!! ) Ridiculissimme !

 

Document1 :statuette de terre africaine. Représentation d'une reine ou plus sûrement d'une divinité (terre-mère)

Rappel du divin, de la puissance. C. fait appel à une puissance vengeresse à laquelle elle s’identifie et qui la manipulerait dans ses actes (p. 158, v1476 « c’est lui qui dans nos ventres nourrit notre désir de sang »…, v1497, 1503.)la statuette fait directement référence aux divinités qui commanderaient les actes des hommes. C. serait ici objet de la malédiction divine et donc victime plus que conscient et coupable. Nous tirons le personnage du côté des Atrides, de l’irresponsabilité face aux pouvoirs divins. C. pourrait être vue et montrée comme objet des dieux et femme de pouvoir aussi puisqu’elle est reine. Une femme de pouvoir qui va à sa perte, ruée par son propre fils qui lui sera jugé par des hommes et brisera le cercle infernal des vengeances. Instituant la justice humaine. Là le parallèle avec la naissance de la démocratie, souvent cité à tort et à travers est pertinent.

 

Document 2 : Elisabeth Taylor (photogramme du film Une chatte sur un toit brûlant)

Du divin nous passons brutalement à l’humain, au terriblement humain avec cette figure de femme fatale, provocatrice, sensuelle et accueillante qu’est E. Taylor. L’attente est certes figurée , mais plus encore le désir( nuisette affriolante), le lascif de la pose, l’ivresse à venir figurée par le verre à la main. Que de réjouissances en perspective promet ce corps de femme offert à Agamemnon !!!

Sensualité, vice même pouvaient ici être évoqués et les nombreux vers qui expriment l’accueil « d’une chienne à son mari victorieux » pouvaient être convoqués habilement. Les options de jeu de camarades au plateau ne manquaient pas non plus.

 

Document 3 : Doc 3 : Salomé du peintre allemand Lovis Corinth

Un épisode célèbre de l’Evangile qui inspira nombre d’écrivains et de peintres est ici mis au service d’un autre mythe. Salomé fait amener la tête de Jean-Baptiste sur un plateau d’argent.

Scène haute en couleurs dramatisée par le peintre, dorures, luxure, mélange de cruauté et de sensualité dans le personnage de Salomé qui empoigne la tête de sa victime, les seins nus, le décolleté offert faisant écho à la tête coupée, les chairs mortes et vives, vivantes se mêlent dans une ballet orchestré par la le personnage féminin, central, dominant le tableau et la scène, entourée de témoins ou voyeurs de son acte. Les corps sont très présents, la nudité, et la beauté des chairs composent un ensemble baroque qui nous emmène vers une Clytemnestre vengeresse, barbare, assumant, voire se délectant de son acte. Les vers sont nombreux là aussi pour corroborer cet aspect du personnage « J’ai si longtemps médité cette rencontre.. j’ai tout fait… »et il est opportun de les citer. A mentionner également les parti-pris de jeu des camarades au plateau.

 

Document 4 : La femme en noir. Tableau d'Emile Renouf

De la luxuriance à la sobriété, de l’ostentation à la simplicité il n’y a qu’un pas, un document. Le doc 4, en effet, contraste avec le précédent par l’humilité de l’ensemble : les personnages sont au sol( humus) agenouillés à même la terre, se recueillant dans un cimetière marin sur une pierre tombale extrêmement simple. Dénuement, tristesse, pauvreté. Présence d’une mère et son fils qui prient sur la tombe d’un être cher ?! Nous sommes ici amenés à réfléchir sur le deuil de C. ( venger sa fille Iphigénie) »Elle qui refuse d’attribuer son geste à la démence mais en soutient la justice, au nom de sa fille sacrifiée, de l’outrage incarné par Cassandre, des enfants massacrés de Thyeste, ( intro p. 60.)Humain, forcément, tragiquement humain.

 

 

 

 

Géraldine de Roubaix